10/07/2011

La petite marchande de prose - Daniel Pennac




Benjamin Malaussène est déprimé. Entre sa soeur Clara qui a décidé d’épouser Clarence de Saint-Hiver, un vieux directeur de prison de 40 ans son aîné, divorcé deux fois. Clarence de Saint-Hiver croit à la réhabilitation des criminels par la création artistique mais est pourtant affreusement tué.
Il décide d’accepter la proposition incroyable de sa patronne, la reine Zabo, directrice des éditions du Talion. Elle lui propose l’Amour avec un grand A. Elle lui offre tout l’amour du monde, celui que seul un auteur chevronné peut posséder. Il va incarner l’immense auteur J.L.Babel, prolifique auteur de fadaises à succès dont personne ne connaît le visage mais dont les ventes stagnent et auraient bien besoin d’un bon coup de pub. Seulement, cette décision va le mener au devant de gros ennuis. Malaussène va payer le prix fort toutes les passions déchaînées par la parution d’un best-seller dont il est censé être l’auteur. 
Bejamin Malaussène découvre que J.L.B est Chabotte, le ministre de la Police. Une grande fête est organisée où le J.L.B joué par Malaussène est abattu par un tireur et va rester dans un coma prolongé. L’inspecteur divisionnaire Coudrier mène l’enquête, tandis que Malaussène est vengé par une série de meurtres qui sont l’œuvre de Julie, la femme qui aime Benjamin, mais aussi d’un tueur qui n’est autre que Krämer, détenu de la prison qui avait tué le directeur, alors que c’était Chabotte qui avait volé ses œuvres. 



« Votre commerce à vous, Zabo, Majesté des livres […] c’est le commerce des étoiles ! »


 v Avis personnel

Mon avis est quelque peu partagé. J’ai eu beaucoup de mal à entrer dans le livre ; il m’aura fallu une bonne centaine de pages avant d’enfin « accrocher », mais après, impossible de « décrocher ».
C’est ce qui m’a dérangé qui m’a finalement le plus plu : les personnages sont complètement loufoques et les situations impossibles. Mais cette folie est poétique ! J’ai trouvé le milieu de l’édition particulièrement bien décrit. Pennac prend vivement position contre les auteurs commerciaux, contre la littérature mercantile…


v La famille Mallaussène

La Petite Marchande de Prose correspond au troisième tome de  « la Saga Malaussène », qui retrace l’évolution de la famille Malaussène. Les personnages de cette famille sont complètement farfelus : la mère est toujours absente, Benjamin, le grand frère, perd son identité pour se transformer en J.L.B, le chien est épileptique, Thérèse lit l’avenir dans les carte, le vieux Thian ne se sépare jamais de la petite Verdun, Jérémy veut mettre le feu au lycée… Les rapports des personnages entre eux sont marqués par l’amour : amour fraternel, amitié… J’ai particulièrement aimé la relation entre Julie et Benjamin, qui me semble bien refléter les rapports de couple : disputes, amour, jalousie… La vengeance de Julie est très touchante ! (et féminine^^)
Les chapitres V & VI du roman m’ont particulièrement émue. Benjamin est à l’hôpital, mourant. Nous entrons dans ses pensées alors qu’il ne peut plus s’exprimer. J’ai été touchée jusqu’aux larmes par ces quelques phrases  :
«  Quand la vie ne tient plus qu’à un fil, c’est fou le prix du fil ! »
« C’est toujours à la première personne du singulier qu’on meurt pour de bon. »
« Ce n’est plus le frère que vous venez voir ici, c’est la fraternité, ce n’est plus l’ami que tu visites, c’est l’amitié, ce n’est plus une personne qui vous attire dans cet hôpital, c’est la célébration d’un sentiment ».

v Un récit policier

Bien que ce roman ne soit pas un récit policier à proprement parler, nous retrouvons de nombreuses caractéristiques de ce genre. Entre les meurtres, les différentes enquêtes, la police, la prison, les fausses pistes… ce roman nous tient en halène ! Les victimes et les criminels se côtoient et nous nous rendons vite compte que les criminels sont aussi des victimes. Pennac nous propose une belle analyse de la société : méprise, complots, usurpation d’identité…


v La mise en abyme du roman : le travail de l’écriture

Tout d’abord, la prison de Saint-Hiver nous est présentée comme une utopie où les prisonniers peuvent laisser libre-court à leur imagination et à leur créativité. Krämer, un des prisonnier, est le véritable auteur des livres de JLB. Nous pouvons penser aux écrivains prisonniers comme Wilde, Villon, Verlaine… Se pose donc la question de la création dans un univers hostile.
Ensuite, le récit tourne autour de l’édition : la reine Zabo dirige de manière très autoritariste les éditions du Talion. Pennac prend vivement parti contre le mercantilisme des prix littéraires, contre la folie économique dans le domaine littéraire. C’est le personnage de JLB qui cristallise toute cette pensée avec son concept du « réalisme libéral ». J’ai particulièrement apprécié ces passages. Le livre doit faire rêver et non être un produit commercial !


  

1 commentaire:

  1. J'ai beaucoup aimé ce roman : mon préféré de la série jusqu'à présent !

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